Mes ressentis

Lettre à Eyota

Je suis enfin prêt. J’enfourche mon vélo. Je fonce. Le vent me renifle. J’ai 10 ans. Le présent est un cadeau somptueux.
Parfums – Philippe Claude

Aujourd’hui j’ai envie de te parler, à toi, Eyota, « Yoyo » pour les intimes, toi qui me porte au quotidien, toi contre qui je m’énerve quand rien ne va plus, toi que je cajole quand je suis heureuse de ma journée, toi que je sollicite bien souvent trop, toi que parfois je néglige, et qui sait me le rappeler, toi qui est devenue par défaut ma seule compagne de voyage, toi qui est la seule à vivre ce que je vie, toi qui sais tout de moi. C’est bien trop souvent toi qui endure ma colère, je te lance par terre, sans douceur, je te laisse t’effondrais quand tu n’y mets pas du tien, je te néglige lorsque je suis fatiguée, je te menace de t’abandonner quand tu ne m’aides pas, je te malmène par certains chemins, je te charge d’un poid bien trop considérable pour tes petites roues. Je ne prends jamais assez de temps pour prendre soin de toi, car oui, il t’arrive d’avoir tes humeurs, de ne plus vouloir tenir droite, me forçant à te soulever, toi et ta charge à bout de bras, il t’arrive de casser, de céder sous le poid de l’effort, de crever, de grincer pour je ne sais qu’elle raison, il t’arrive de dire stop, de bloquer ta roue, ou ton frein quand tu faiblis, c’est alors que je m’énerve contre toi… Mais j’ai tord, je devrais plutôt m’en prendre à moi, c’est moi qui te malmène ainsi, c’est moi qui ne prends pas soin de toi, c’est moi aussi qui n’écoute pas assez tes plaintes, car avant de lâcher, bien souvent tu me le dis, tu grinces, tu bloques, tu cliquetiques, tu as de multiples moyens de me faire comprendre que tu as besoin de soin, mais bien souvent, je les ignore, et reste sourdes à tes appels. Dans tout ça, je ne te remercie que très peu, je ne prends que peu de temps pour te faire briller, t’huiler, t’enlever la saleté, te resserrer les vis, et vérifier que tu ne fatigues pas, toi non plus des longues journées. Alors aujourd’hui j’ai envie de te remercier, pour toutes ces descentes où je me laisse porter par tes roues, pour ces jours où tu résistes à tout, sans faiblir une seule fois, pour ta selle qui s’accomode de plus en plus à mon fessier, pour tes roues qui tiennent bien plus le coup que ce que j’aurais pu penser, pour ta béquille, malgré son manque de fiabilité, elle t’aide parfois à te tenir droite, m’évitant ainsi l’effort de te relever.

Je te promet que je vais essayer de faire des efforts pour prendre bien plus soin de toi, je sais que je ne suis pas parfaite, mais je fais tout pour m’améliorer, pour essayer de voir en toi plus de positif, te remercier plus pour tout ce que tu m’apportes au quotidien.

Il parait qu’un cycliste rêve toujours du prochain vélo qu’il acquierera, plus puissant, plus solide… Moi je ne veux pas te changer, si un jour je dois faire le tour du monde à vélo, je veux que ce soir avec toi.

Merci Eyota, pour tout ce que tu m’apportes au quotidien et pardon pour toutes ces fois où je te maltraite. Je veux que ce soit toi, la femme de ma vie.

Bien à toi

Laisser un commentaire