02 octobre
Aujourd’hui trop de fierté.
Réveil sous la tente, il pleut, mais dans la tente pas une goutte d’eau, que c’est agréable. Je prends un peu mon temps pour plier bagage, je n’ai pas vraiment envie de pédaler sous la pluie. J’ai de la chance, la pluie cesse, pour laisser la place au vent… Je ne sais pas ce que je préfère… Le vent me ralentie à tel point qu’en descente, je n’arrive même pas à dépasser les 10 km/h… J’ai bien trop l’impression de faire du surplace. Journée courte en kilomètres mais longue en durée. En plus détour sur la route, je me retrouve coincée par des travaux c’était un peu dur de m’en sortir. Je commence à en voir raz le bol de manger des pâtes, objectif de demain, demander à manger. Puis arrive 16h30, l’inquiétude monte, je me suis interdis de dormir en camping ce soir, alors pas le choix je vais devoir demander…. J’arrive dans un village, parfait ! Bon je retarde le moment, je me dis que je demande qu’à partir de 17 heure, puis 17h15. Bon stop, je n’ai pas le choix de demander alors je vais le faire. J’entre dans le village, je croise d’une petite dame qui fait le ménage devant chez elle, inspire, expire, aller je me lance. Elle est emballée par mon projet, est très curieuse et pose plein de question, malheureusement elle n’est pas chez elle, et dort chez son fils qui n’est pas là… Tant pis… J’ai un peu le coeur gros, mais c’est pas grave. Je fais le tour du village, c’est un peu mort quand même… Ah j’entends du bruit, je sonnes, j’entends une madame qui s’énerve… Oupsi qu’est ce que j’ai fait…. Elle m’ouvre gentillement mais refuse ma demande, et comme elle vient d’emménager, ne connait personne qui pourrait m’accueillir. Bon ce village ne me plaît pas, trop vide et sans personne. Je prends une route au hasard et sonne à toute les portes, aucune ne s’ouvre. Finalement j’arrive devant une ferme, cette fois c’est la bonne, j’en suis sûre, en plus il y a une voiture, il y a quelqu’un. Je sonne, un homme assez imposant arrive, je lui explique mon projet et surtout ma demande et il me propose un bout de terrain pour ma tente, à condition d’être discrète. Je lui promets de l’être, trop heureuse d’avoir trouver un lieu où poser ma tente. Il me propose même de cueillir quelques pommes de ses pommiers, ce que je fais avec plaisir. Je ne mangerais pas que des pâtes ce soir.
03 Octobre
Départ matinal, j’ai encore pu assister au lever du soleil, j’adore ça. Journée très agréable, « un peu » froid sur le matin, bonnet gant et écharpe n’était pas de trop, mais pas de vent, ni nuages, le soleil a fini par me réchauffer. J’ai enfin retrouvé une route bétonnée, c’est agréable car depuis le début du canal ce n’est que du chemin de terre, un peu galère… A midi, je n’y tiens plus, j’ai bien trop faim, faim d’autre chose que des pâtes, alors je suis allée m’acheter de quoi me faire un sandwich… Ce soir, je suis arrivée à Toulouse, et j’ai volontier respecté le contrat que je me suis passée à moi-même, celui de pouvoir me payer un camping auprès des « villes-étapes », la prochaine fois que je me paie ce luxe ?! Bordeaux normalement, si je ne craque pas avant… Je l’espère, sinon, enlèves moi cette carte bancaire dont je n’arrive pas à le passer pour que je vive enfin réellement sans argent… C’est fou comme instinctivement on est rattaché à l’argent… Ce midi j’aurai pu demander au lieu de payer… Mais j’ai choisi la facilité… Encore une fois.
04 octobre
Ce matin, je traine, il fait froid dehors et je n’ai pas envie, je n’ai envie de rien. A mon réveil, je remarque que mes voisins de palier (car dans le camping, les cyclistes ont un emplacement commun) sont eux aussi réveillé. Nous commençons un peu à parler, et nous arrivons sur mon projet de voyage, je leur explique avec entrain, et mon projet les emballe. Finissant leur voyage demain, il me donne leur reste de nourriture, un paquet de riz, deux petits sachets de semoules, un plat de pâtes bolognaise lyophilisé, leur pain de la veille, du thon, un pâté de jambon, une sauce tomate concentrée, 4 sachets de soupe lyophilisé, 4 sachets de thé, 6 pâtes de fruit, une barre de céréales énergétique et un saucisson. Je ne sais plus comment les remercier. Nous continuons nos bagages tout en discutant. Puis je vais faire ma vaisselle, j’y recroise un de mes voisins, il me dit être tout ému par mon projet, et il me sort son porte-monnaie, je refuse, lui expliquant que je souhaite que ce soit vraiment sans argent, mais il insiste, me disant que ça payera le camping de cette nuit… J’essaie de refuser, mais il m’explique être réellement touché par mon projet, il a les larmes à l’oeil, et moi, je ne suis pas loin de pleurer par tant de gentillesse… Je finis par céder et accepte le billet… Toute chamboulée, je luis demande son prénom, Thierry, et son ami s’appelle Henri. Il a un regard tellement ampli d’affection, tel un père à mon égard. Je ne sais plus où me mettre, tellement touchée par tout ça, cela me dépasse, et je n’ai qu’une envie, pleurer, pleurer parce que cet homme m’a touché, pleurer parce que le regard qu’il me porte est chargée d’amour, pleurer parce que tout simplement je suis émue par son affection à mon égard. Il me recommande à de multiples reprises de faire très attention à moi, j’ai l’impression de me retrouver face à une personne de mon entourage qui ce fait réellement du soucis à mon égard. Il m’encourage à continuer mon projet tant que le coeur y est. Il me perce à jour, me parle des émotions qui sont en moi depuis bien longtemps et que je n’ai dévoilé à personne, comme s’il me connaissait depuis toujours, comme si lui aussi avait eu besoin de tout plaquer pour faire le point sur sa vie, comme s’il avait vécu toute mes souffrance. Jamais je ne pourrais te décrire toute les émotions que cet homme m’a fait vivre. Déjà, je ne pensais pas que mon projet pouvait mettre les larmes aux yeux, encore moins à des inconnus… Et puis ce regard paternel qu’il a posé sur moi, cet affection qu’il m’a donné, cette tendresse qu’il avait à mon égard… Tout ça m’a chamboulé… Au moment du départ, je les laisse partir devant, et reste en arrière pour ne pas qu’ils voient mes larmes qui ruissellent sur mes joues. Je ne pourrais pas te dire pourquoi il y avait tant de larmes, tant d’émotions, mais je sais que cet homme m’a touché et qu’il restera longtemps dans ma mémoire. J’ai été touchée par lui, autant que je l’ai touché, je dirais… Les larmes qui ont coulé était pour lui, pour cet homme qui me connaissait vraiment sans me connaître vraiment et je pense aussi que ces larmes étaient pour mon père…
Je reprends alors ma route, arrivée à Toulouse, il pleut. C’est la première fois où réellement je roule sous la pluie… Ce n’est pas très agréable, mais bon il faut bien avancer, alors je le fais. Le midi je mange sous un pont, seul endroit où je ne prends pas la pluie, je me sens réellement comme une SDF… Ma maman a peut être raison, mon choix de vie fait de moi une SDF. Puis vers 15 heures, je rencontre un retraité qui a l’air de vouloir parler, il roule alors à mon allure et me raconte sa vie, je trouve ça agréable, même si j’ai encore un peu de mal à comprendre l’accent du sud-ouest ! Puis je vois le temps passer, 16h, 17h, 18h… Jamais je ne vais avoir le temps de trouver un logement, mais qu’importe, je profite de cette rencontre, et écoute cet homme me parler de son frère, de sa mère, de la société actuelle, du vélo mais surtout de la peinture… Dur dur je n’y connais rien et il doit me définir bien souvent les termes qu’il emploie. Enfin à 19h, il décide de rentrer, il a peur que sa femme s’inquiète. Mais je me retrouve alors sans rien, je ne me vois pas demander un logement à cet heure si tardive et puis je n’en ai pas l’envie. Tant pis, ce soir se sera camping sauvage. Étonnamment, j’ai moins peur, je me sens plus en sécurité ce soir. Je te diras demain si j’ai survécu !!
Bien à toi
