« Si je roule à vélo, c’est uniquement parce que je n’ai pas trouvé quoi faire avec un vélo. »
Philippe Geluck dans Le Chat
Aujourd’hui c’est le grand jour, comme je ne pense pas que ce soir, je prendrais le temps de te raconter ma première journée, nous allons l’imaginer ensemble.
Elle va commencer par une nuit bien mouvementée, et peu reposante je suppose. Puis je vais me lever, la boule au ventre, sans doute que je déjeunerai avec maman, je n’oserai pas la regarder, ni même lui parler, elle non plus. Tout en silence, elle se lèvera pour aller au travail, comme tout les matins, sauf qu’aujourd’hui ce n’est pas un matin normal. Elle s’approchera de moi, la larme à l’oeil, à ce moment là, je n’aurai plus envie de partir. Elle me prendra dans ses bras, et se mettra à pleurer, j’essaierai de retenir mes larmes mais se sera une peine perdue. Nous resterons, comme ça, l’une dans les bras de l’autre, en pleurs durant un petit moment, et tout en silence, elle s’éloignera, jusqu’au moment où elle entamera les recommandations « Ne te laisses pas mourir de faim » « Sois prudente sur la route « Donnes moi des nouvelles régulièrement » « Ce soir je veux savoir où tu dors », et elle continuera à me donner des conseils, qu’elle sait que je respecterai. Je ne répondrai rien, bien incapable de dire un mot. Elle, elle aura besoin de me les dire, elle pensera que ses mots appaiseront son inquiétudes, et surtout enlèveront tout les dangers.
Finalement, elle ira en direction du garage, je ne la suivrai pas, je n’arriverai pas à passer le pas de la porte, alors que la suivrai du regard, les yeux remplis de larmes et le cœur gros. Une fois dans sa voiture, je n’entendrai pas le moteur démarrer, parce qu’elle n’aura même pas mit les clé sur le contact, elle pleurera à chaude larme, je detournerai sans doute le regard, cherchant à ignorer que la cause de ces larmes sont mon départ, que c’est pour moi qu’elle pleure autant. Et voilà que finalement, j’entendrai partir sa voiture sans que je la regarde s’en aller.
A partir de ce moment, il me faudra plus d’une heure pour me remettre de mes émotions. J’agirai comme un robot, je prendrai ma dernière douche chaude, puis finirai mes bagages. Je préparai mon sandwich que maman a prévu pour moi et je serais enfin prête à y aller. Je chercherai mon chat pour lui dire au-revoir, je la trouverai endormi dans la paille, je n’aurai sans doute pas le cœur à la réveiller alors je la regarderai juste dormir pendant quelques minutes.
Puis je ne ferai pas un pas, bien trop incapable de me lancer enfin dans cette grande aventure. Finalement ma sœur arrivera, elle accélérera la situation. Avec elle, les au-revoir seront bien plus simple, juste un tendre câlin, un sourire et quelques recommandations que l’on se fera l’une envers l’autre. J’irai en direction de mon vélo, ma sœur me suivra sans doute avec son mari. Je leur dirai un dernier « au-revoir » et je lancerai le premier coup de pédale, le premier d’une longue série. Je verrais ma sœur retenir son chien, qui bien sûr voudra courir après mon vélo.
Je serai dans un état second, agissant comme sur un mode automatique, mon cerveau vide de toutes pensées me fera pédaler pendant quelques kilomètres, jusqu’à ce que je revienne à la réalité, je serai en train de le faire.
À ce moment-là, je prendrai conscience de la chose, sur la route il n’y aura que moi et mon vélo et je sentirais un vent de liberté. Mes pensées se mettront à naviguer, à penser à ces personnes, mes amis, ma famille, mon entourage que je laisse, à ceux qui n’ont rien pour cette année à venir et dont je m’inquiète, ceux qui m’ont fait autant de recommandation que maman, ceux encore qui me prenne pour une super-héroïne, ceux aussi que j’ai perdu de vue, mais auxquels je pense toujours. Puis mes pensées dériveront jusqu’à toi, je t’imaginerai lire ces lignes, qui ne reflètent sans doute pas la réalité de la situation, les aventures ça ne se passe jamais comme prévu.
Je regarderais autour de moi, mon cœur sera lourd mais je sentirai le bonheur en moi. Soudain je commencerai à avoir faim, ou à ressentir la fatigue, alors je m’arrêterai, dans un endroit calme, pour manger mon sandwich, peut être en trempant les pieds dans la Drôme, je ne sais pas si je serai à côté d’elle mais se serait trop bien. J’enverrai un message à maman et peut être à quelques amis
Je reprendrai la route, l’esprit bien moins torturé, en aillant l’impression d’être à ma place. Je profiterai enfin de regarder le paysage, observer cette nature sans qui nous ne serions rien.
Soudain je prendrai conscience que la nuit va commencer à arriver, il va falloir que je trouve un endroit pour dormir. Première inquiétude, vais-je trouver un lieu pour dormir ?
Finalement je trouverai un petit camping municipal, très peu cher, j’y installerai ma tente, mon lit, ma nouvelle maison. J’enverrai un message à maman pour lui dire où je serai, lui parlerai de tout et de rien, peut être même que je l’appellerai. Je me mettrais sans doute à écrire ensuite, à moins que j’aille prendre une douche, en tout cas je saurai m’occuper les mains pour m’occuper l’esprit.
À ce moment-là, je refuserai encore de réaliser la situation dans laquelle je serai. Puis je me préparai des pâtes, ces même que maman m’avait acheté la veille. J’irai faire la vaisselle, je sentirai alors des douleurs le long de mes jambes mais aussi au niveau des fesses, au dos et même aux bras, demain j’aurai des courbatures.
Puis je me mettrai au lit, épuisée de ma journée, qui physiquement fut dur, mais aussi psychologiquement. Je n’arriverai sans doute pas à trouver le sommeil, comme la nuit dernière, je tournerai sans trouver une bonne position. Qu’importe je suis dans un rêve.
Je ne t’es pas écrit tout ce qu’il pourrait se passer, ni je ne t’ai fait le pire scénario, il se pourrait qu’il y ait crevaison, chute, pluie ou je ne sais quoi d’autre. Une chose est sûre, à l’heure où tu lis ces lignes je seras partie de la maison, totalement paniquée mais au fond de moi tellement heureuse.
Je réalise un rêve, je réalise mon rêve.
Bien à toi
